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 Immigrés et chômage

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karg se
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MessageSujet: Immigrés et chômage   Mar 24 Juil - 0:34

Les Dossiers de l'Union Rationaliste

Immigration et intégration :
Le prétexte ethnique
Hervé Le Bras

Désormais, quand on prononce les mots de " cités ", de " banlieues ", ou d'" immigration ", le terme " ethnique " ou " ethnicité " fuse. On va montrer ici qu'il sert à dissimuler une vieille connaissance, l'inégalité sociale et sa compagne l'injustice. D'où vient d'ailleurs l'usage du terme d'ethnie ? Son origine grecque et sa présence dans des labels aussi respectables que ethnographie ou ethnologie semble lui assurer un pedigree au dessus de tout soupçon.
En fait, l'usage du terme est récent. On le voit apparaître dans l'un des traités les plus violents consacré à l'existence et à la séparation des soi-disant races humaines, Les sélections sociales de Vacher de Lapouge, publié en 1896. A la page 11, après avoir récusé les termes qui décrivent des " groupements historiques " tels que peuple, nation ou nationalité, Vacher propose d'utiliser un terme particulier qui spécifierait clairement la différence raciale. Il hésite entre ethne et ethnie, puis choisit le second pour sa plus grande facilité de prononciation.
A partir de cette origine raciale, le terme va se diffuser dans des écrits de plus en plus respectables en profitant notamment de l'usage de " ethnic " dans la littérature savante anglo-saxonne.
Il est maintenant le symbole d'une compréhension moderne des différences entre groupes humains, voire entre humains isolés. L'une des manifestations la plus simple de cette influence croissante est l'adoption en France d'une conception très particulière de l'immigré. L'un des lieux communs les plus répandus est que les différences ethniques sont en train de remplacer les différences sociales. Ce sont ces deux points que nous allons discuter dans notre intervention.

Des immigrés particuliers

Pour l'immense majorité des humains, le terme d'immigré fait référence à une personne qui a vécu auparavant dans des pays différents de celui où elle réside maintenant.
En conséquence, cette personne est née à l'étranger. D'où une définition simple : l'immigré est une personne qui réside dans un pays différent de celui de sa naissance. C'est une notion physique qui ne dit absolument rien sur la personne. L'étranger est au contraire un caractère politique qui réfère à la nationalité présente de la personne. La statistique française a longtemps étudié séparément les deux notions, publiant à l'occasion de chaque recensement depuis 1851 des tableaux sur le nombre et les caractéristiques des étrangers d'une part et sur les lieux de naissance et de résidence d'autre part. Récemment en raison de l'émoi suscité par la question dite de l'immigration, une nouvelle orientation a été prise avec une nouvelle définition de l'immigré tentant de concilier les deux aspects. On peut se faire une première idée des difficultés rencontrées en regardant le tableau 1 qui répartit les personnes résidentes en France en 1999 (dernier recensement exhaustif) selon des critères d'origine politique (nationalité) et physique (lieu de naissance)

Tableau 1 :
Répartition de la population de la France métropolitaine (en millions) en 1999 selon la nationalité, la naturalisation et le lieu de naissance en métropole, dans les DOM/TOM, dans l'Union Européenne ou hors Union


Shot at 2007-07-23

En termes de nationalité, l'INSEE ne s'intéresse pas seulement à la nationalité présente mais à celle possédée à la naissance. Dans le cas de personnes nées de couples mixtes, jouissant souvent de ce fait d'une double nationalité, si l'une des nationalités est la française, la personne est réputée née française (il n'est pas inutile de le préciser car dans sa grande enquête MGIS sur l'intégration, l'INSEE avait au contraire affecté à des " origines ethniques " non françaises les personnes qui parlaient dans leur petite enfance plusieurs langues dont le français). En colonnes du tableau 1, l'INSEE a considéré plusieurs lieux possibles de naissance en distinguant les DOM/TOM de la métropole car la plupart des tableaux statistiques généraux sont établis en bloc pour la métropole, et l'Union européenne, car des dispositions légales particulières régissent le séjour de ses ressortissants en France.

En croisant les deux critères, l'INSEE définit alors son immigré. Ce terme s'applique aux cases dont les chiffres sont en gras, donc aux personnes nées à l'étranger qui sont soit étrangères encore maintenant, soit naturalisées, donc en résumé aux personnes nées étrangères à l'étranger. La construction d'une telle entité mène à une abstraction : qui en France se définirait comme " né étranger à l'étranger " ? Pour vouloir mieux cerner la catégorie perçue (et sans doute péjorative) d'immigré en en défalquant les Français nés à l'étranger, tels Giscard d'Estaing à Coblence, Balladur en Turquie ou Seguin à Tunis, on se livre donc à des contorsions conceptuelles en créant une catégorie inhabituelle et très éloignée du sens commun. Comment le sens commun pourrait-il alors la percevoir: contradiction dans les termes.

Dans ce nouveau comptage, paradoxalement, le demi million de jeunes étrangers nés en France, ajoutés aux 800 000 naturalisés nés en France échappe à la nouvelle définition. Pour le récupérer dans son étrangeté perçue, il va être qualifié de " seconde génération " et par là même rapproché des étrangers nés à l'étranger.

Ces pirouettes statistiques ne sont pas innocentes. Elles fabriquent des catégories dangereuses pour la vie démocratique. Etre étranger n'est pas une situation définitive puisqu'on peut obtenir une naturalisation. Même si le processus est assez long, à terme, la catégorie d'étranger résulte donc d'un choix. La catégorie " né en France " ou " né à l'étranger " n'a pas cette qualité. Elle est subie et irrévocable. Aucune loi, aucune prouesse de la volonté individuelle ne changera votre lieu de naissance. On passe donc d'une catégorie humaine ou politique à une catégorie de la nature.

Quand on se limite au lieu de naissance sans le croiser à la nationalité, les dégâts restent limités car des situations très diverses coexistent. Il s'agit aussi de la prise en compte d'un caractère unique et physique, le lieu, qui a l'avantage de mesurer à l'échelle internationale le volume et l'impact des migrations à long terme, comme le souhaitaient par exemple les démographes des Nations Unies. Il en va tout autrement avec le glissement vers la notion de personne née étrangère à l'étranger.

La nouvelle catégorie ajoute à la catégorie physique que représente le changement de lieu, une autre, intangible, mais de caractère humain et culturel. Personne n'est capable de changer son lieu de naissance, mais personne non plus ne peut modifier la nationalité de ses parents à sa naissance. Il ne s'agit pas encore d'ethnicité puisque de multiples origines sont rassemblées sous le vocable d'étranger, mais d'une sorte d'ethnicité à rebours : ainsi les Grecs de l'Antiquité désignaient-ils tous ceux qui n'étaient pas Grecs sous le terme de " barbares ".

La catégorie ethnique devient celle du Français de naissance par opposition à toutes les autres possibilités. Elle porte en germe le " Français de souche " que l'on a vu s'épanouir au cours des dix dernières années. Si l'on désire mesurer le degré d'intégration (à supposer qu'une telle mesure ait un sens) des immigrés, leur nationalité de naissance importe moins que leur parcours et leur durée de séjour en France. L'INSEE avait posé une question sur la date de l'arrivée en France, mais n'a pratiquement pas utilisé cet indicateur, préférant se livrer à des classements élaborés selon les origines nationales et les lieux de naissance (qui ne coïncident en outre pas nécessairement).

En braquant ainsi l'objectif sur une conception nationale de l'immigré, on facilite la prise en compte d'origines ethniques et donc l'imposition de leur influence sur la situation des personnes nées à l'étranger et résidant en France. Par là même, on diminue l'importance des autres facteurs au point parfois de les oblitérer complètement lorsqu'on envisage une discrimination positive sur critères ethniques ou raciaux apparents. C'est une grave erreur qui ne peut qu'aggraver les tensions à l'intérieur de la France. Montrons-le en recherchant la cause des différences de conditions de vie entre Français (de naissance faut-il dire avec la nouvelle définition de l'immigré) et immigrés.
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MessageSujet: Re: Immigrés et chômage   Mar 24 Juil - 0:34

la suite:

Pauvreté, fécondité, intégration


On peut résumer ainsi l'argumentation qui va maintenant être développée: à milieu social équivalent, le destin des enfants d'immigrés est le même que celui des Français de naissance et leur situation familiale aussi stable sinon plus. Les parents immigrés souhaitent plus encore que les autres que leurs enfants fassent des études pour s'élever dans l'échelle sociale. Ils croient à la méritocratie républicaine plus que les Français de naissance, souvent résignés face à l'inégalité sociale. Mais les enfants d'immigrés appartiennent en beaucoup plus forte proportion aux milieux populaires et à des familles nombreuses.

Ces deux handicaps dont on mesure nettement l'effet par des enquêtes statistiques, ont une conséquence dramatique: les enfants d'immigrés parviennent à leur objectif mais, en moyenne, avec une plus mauvaise scolarité, ce qui les met en plus mauvaise position sur le marché du travail. La discrimination par le physique ou le nom existe, mais elle n'est donc pas la cause première des difficultés rencontrées, notamment du plus fort chômage et du plus long délai à trouver ou retrouver un emploi stable.

Ce constat a une conséquence importante: la discrimination positive sur une base ethnique n'est pas une solution aux problèmes de l'intégration (et peut se révéler source de nouveaux problèmes, soit en suscitant l'envie des milieux non-immigrés défavorisés, soit en poussant les immigrés à voir la cause de leurs difficultés uniquement dans leur origine nationale). La véritable solution passe par un intense effort d'éducation et de formation continue (ou de seconde formation en cas d'échec de la première). Laissons maintenant la parole aux faits et aux chiffres.

Une ascension sociale sans discrimination

Les immigrés sont plus fréquemment en bas de l'échelle sociale. On dit souvent qu'ils ont pris des emplois dont les Français ne voulaient plus. Á vrai dire, dans un système libéral, tout emploi trouve preneur si l'on propose un salaire satisfaisant. Il vaut mieux dire qu'ils ont pris des emplois trop mal payés pour attirer des Français. Ils sont donc plus fréquemment ouvriers et manœuvres que cadres et patrons. La répartition comparée des immigrés et non immigrés par grand groupe de professions est claire à cet égard (tableau 2)

Tableau 2 :
Pourcentage d'actifs dans quatre professions parmi l'ensemble des actifs respectivement non-immigrés et immigrés (par exemple 8 % des actifs non immigrés sont ouvriers non qualifiés)


Shot at 2007-07-23


Les immigrés sont trois fois plus nombreux à travailler dans les emplois peu qualifiés que dans les professions supérieures (29 % contre 10 %), alors que les non-immigrés sont également représentés aux deux extrêmes du spectre professionnel (14 % contre 15 %). On en déduit souvent à tort que les immigrés et leurs descendants sont confinés au bas de l'échelle sociale.
C'est inexact. Une enquête menée par l'INSEE en 1999 auprès des personnes de 30 à 59 ans sur leur histoire familiale montre au contraire que l'ascension sociale s'effectue au même rythme et en même proportion chez les immigrés et les non- immigrés. Un enfant d'ouvrier immigré a la même probabilité de devenir employé, cadre ou indépendant qu'un enfant d'ouvrier non immigré. La répartition des professions des enfants d'ouvriers selon qu'ils sont immigrés ou non, est en effet pratiquement identique (tableau 3).

Tableau 3 :
Répartition professionnelle (en %) des enfants d'ouvriers immigrés et d'ouvriers non-immigrés
(par exemple, 48 % des enfants d'ouvriers immigrés sont eux-mêmes ouvriers)


Shot at 2007-07-23

Les probabilités d'accès aux différentes professions sont aussi les mêmes pour les fils de cadres et de professions supérieures qu'ils soient immigrés ou non. En particulier, la proportion de descente sociale est exactement de 25 % dans les deux cas. Même chose également pour les enfants d'employés.

Mais égalité des chances ne signifie pas égalité des situations à l'arrivée car cette égalité est réalisée à profession semblable du père et non quelle que soit la profession du père. Or l'inégalité des chances demeure très importante entre les enfants d'ouvriers et ceux de cadres ou de patrons. Comme les immigrés sont beaucoup plus fréquemment ouvriers que les Français de naissance, malgré l'égalité des chances à profession donnée, leurs enfants seront beaucoup plus nombreux au bas de l'échelle sociale que ceux des Français de naissance.

On le voit, la cause en est imputable aux inégalités sociales des chances, c'est-à-dire selon le milieu des parents et non aux différences d'origine nationale de ces mêmes parents.
Les chiffres du chômage des immigrés et de leurs enfants semblent à première vue tempérer cette égalité des chances : au dernier moment, le plus important, celui de remplir un emploi stable, l'inégalité et donc l'injustice se manifestent. Les résultats de l'enquête emploi effectuée en 2002 sont impitoyables: dans chaque profession, le taux de chômage des immigrés est largement supérieur à celui des non-immigrés comme on peut le constater sur les quelques exemples ci-dessous (tableau 4).

Tableau 4 :
Comparaison des taux de chômage (en % des actifs en 2002) des immigrés et des non-immigrés dans diverses professions (par exemple, 9 % des employés immigrés sont au chômage)


Shot at 2007-07-23

Ces différences sont importantes. Le fort taux de chômage des immigrés et de leurs enfants ne s'explique pas par une différence de répartition par profession. Si les immigrés avaient la même structure professionnelle que les non-immigrés, leur chômage ne diminuerait que de 1,5 points. Ce chômage est en outre très inégalement réparti selon l'origine. Les immigrés venus d'Europe ont un taux de chômage plus faible que la moyenne nationale (6 %) mais les originaires du Maghreb et de Turquie sont à 25 % et ceux d'Afrique noire à 20 %.

Ont-ils afflué vers des métiers particuliers dont la demande d'emploi a été satisfaite et ne peut pas ouvrir de nouveaux postes ? La thèse de la ségrégation ou de la dualité de l'emploi, certains secteurs étant réservés aux immigrés et d'autres aux natifs, n'est pas soutenable ne serait-ce que par le large éventail des professions où travaillent les immigrés. Elle ne résiste pas non plus à un examen plus poussé du marché du travail.

Ainsi, contrairement à l'opinion courante, les immigrés sont proportionnellement moins nombreux dans les métiers où l'on travaille de nuit, le samedi ou le dimanche ou bien ceux dont les horaires varient au cours de la semaine. Les immigrés ne sont pas non plus rétifs aux rythmes de travail en France puisqu'ils souhaitent plus souvent que les non-immigrés travailler plus longtemps (enquête Emploi de l'INSEE en 2002). La discrimination que traduit l'inégale extension du chômage n'est donc pas le fait d'attitudes particulières aux immigrés. Elle obéit à des déterminations plus profondes. Les immigrés en état de précarité

Il est certain que la discrimination existe comme l'ont prouvé plusieurs affaires récentes. Mais se borner à ce constat ne suffit pas et donne de surcroît bonne conscience à bon compte. Si, à même profil d'emploi, les immigrés sont repoussés vers des postes plus précaires, cela tient aussi à leur situation plus fragile qui limite leur pouvoir de négociation. Il leur faut travailler pour survivre car leurs réserves sont moins importantes que celles des non-immigrés. Même si toute discrimination était écartée, les immigrés continueraient donc à occuper des postes moins stables que ceux des non-immigrés et à subir un chômage plus élevé. Signe de leur fragilité, ils sont plus nombreux à remplir des emplois à temps partiel, particulièrement les femmes immigrées (39 % d'entre elles contre 29 % pour les non-immigrés). Surtout, ils accèdent beaucoup moins aux emplois publics mieux protégés. Globalement, on a la répartition suivante entre salariés du public et du privé en 2002 :

Tableau 5 :
Répartition des immigrés et des non-immigrés par type d'emploi (par exemple, 77 % des actifs immigrés sont salariés du secteur privé)


Shot at 2007-07-23

La différence tient en partie aux règles de la fonction publique qui interdisent de recruter des étrangers dans de nombreux postes. La plus forte présence dans le secteur privé et concurrentiel a pour conséquence un plus grand risque de chômage temporaire ou frictionnel : changer volontairement ou non d'employeur et en chercher un nouveau. L'accès inégal à la fonction publique pour laquelle le chômage est quasiment nul, est responsable d'environ 2 points de chômage supplémentaire pour les immigrés.

Pauvreté

Plus généralement, les immigrés ont moins le choix que les autres car ils ont un moindre patrimoine. Ils ont moins accumulé de capital et n'ont pas hérité en France. Ils ont souvent envoyé leurs premiers gains dans leur pays d'origine à leur famille restée sur place. De multiples observations pointent dans cette direction. Ainsi, 57 % des ménages non immigrés sont propriétaires de leur logement et 35 % des immigrés seulement. La hausse vertigineuse des prix immobiliers a donc enrichi les uns et appauvri relativement les autres. De même, 58 % des non-immigrés vivent dans des maisons individuelles contre 32 % des immigrés. Les dimensions même des logements séparent les deux groupes. Les ménages non immigrés jouissent en moyenne de 39m2 de surface habitable par personne, les immigrés de 26m2, soit un tiers de moins. Même différence bien sûr pour le nombre moyen de personnes par pièce, ce qui n'est pas sans conséquences importantes sur l'éducation, le travail et la vie familiale. Les logements des immigrés sont en moyenne plus vétustes, moins confortables et situés dans des zones plus bruyantes.
Mais cette pauvreté elle-même, d'où vient-elle ? L'enquête emploi de 2002 qui compare les revenus nets des immigrés et des Français de naissance selon leur catégorie socioprofessionnelle et selon leur niveau d'études ne trouve guère de différence de salaires. Les cadres et ouvriers immigrés gagnent un peu plus que les cadres et ouvriers non immigrés, les professions intermédiaires et les employés immigrés un peu moins que leurs homologues non-immigrés. Les écarts sont en outre faibles. Reste une cause qui se lit dans les tableaux précédents : les familles immigrées comprennent en moyenne plus d'enfants que les non-immigrées, ce qui diminue le niveau de vie du ménage.
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MessageSujet: Re: Immigrés et chômage   Mar 24 Juil - 0:35

Pauvreté des familles nombreuses

Le niveau de vie d'un ménage n'est pas son revenu disponible total, mais ce revenu divisé par le nombre d'unités de consommation pour rendre comparables les ménages quel que soit le nombre de leurs membres. La France utilise une échelle des unités de consommation recommandée par l'OCDE : 1 part pour le chef de ménage, 0,5 part pour les autres membres et 0,3 s'ils ont moins de 14 ans. Or, le nombre moyen de personnes par ménage est de 2,9 pour les immigrés et de 2,3 pour les non-immigrés. À salaire égal, les premiers doivent partager entre un plus grand nombre de personnes. Quand le ménage comprend 6 personnes, par exemple, un couple, trois enfants de moins de 14 ans et un de 18 ans, le revenu est à partager entre 2,8 parts. Par rapport à une personne isolée gagnant le revenu médian, il faudra que le revenu de ce ménage soit 40 % plus élevé s'il veut rester au dessus de la barre de la pauvreté. Ce nombre de 6 personnes n'est pas pris par hasard. Il marque une sorte de frontière entre les ménages non immigrés ou d'origine européenne et les autres. La proportion de ménages pauvres suit en effet exactement la proportion de ménages comptant plus de 6 personnes (tableau 6).

Tableau 6 :
Comparaison du pourcentage de ménages comprenant 6 personnes ou plus et du pourcentage de personnes en état de pauvreté selon l'origine du chef de ménage (par exemple, 2,1 % des ménages originaires d'un pays européen autre que la France comprennent 6 personnes ou plus)


Shot at 2007-07-23

La pauvreté des ménages d'immigrés est donc logique. Elle n'est pas le résultat d'une attitude ethnique mais de la taille de la famille. À taille égale du ménage, il est vraisemblable que les proportions de pauvres, immigrés et non immigrés, sont voisines.

La plus grande dimension des ménages des immigrés explique aussi deux faits observés plus haut: ils occupent une surface par personne de 26m2 en moyenne contre 39m2 pour les non immigrés. Cela correspond pratiquement à la même surface moyenne par ménage puisque les nombres moyens de personnes par ménage sont respectivement de 2,9 et de 2,3, soit pour les surfaces moyennes respectives des logements, 84m2 et 90m2, sensiblement la même valeur. La pauvreté que l'on avait d'abord attribué à une origine ethnique est donc plus prosaïquement la conséquence de l'immigration. On objectera que la fécondité est une caractéristique ethnique. Certes, à leur arrivée, les immigrants gardent le comportement fécond de leur pays d'origine, d'où ces familles souvent très nombreuses, mais les statistiques (par exemple au recensement de 1999) montrent qu'en dix ans de séjour, l'écart entre la fécondité des immigrées et des Françaises de naissance se réduit de 50 % quelle que soit la nationalité d'origine. Le facteur important n'est donc pas la nationalité d'origine mais la durée de séjour ou la date d'arrivée en France. La date d'arrivée renvoie à une théorie cohérente de la migration comme succession de vagues s'adaptant rapidement. Au contraire, les catégories ethniques repoussent vers des traits culturels immuables et, sans l'avouer, vers des différences impossibles à combler.

Avec tous les éléments qui précèdent, on tient maintenant le mécanisme causal qui explique les difficultés rencontrées par les immigrés. Dès la naissance, une sélection négative insidieuse frappe les enfants d'immigrés. Une cause paradoxale en est la confiance et l'espoir immense que les immigrés eux-mêmes mettent dans l'éducation de leurs enfants en France. Dans l'enquête famille très détaillée menée par le ministère de l'éducation nationale sur les élèves entrés dans le second degré en 1995, les familles comptant deux parents immigrés souhaitent à 66 % (70 % pour les Maghrébins) que leurs enfants continuent leurs études jusqu'à vingt ans au moins alors que les familles de deux parents non immigrés ne partagent cette opinion qu'à 55 %. De même 41 % des premières estiment qu'un diplôme du supérieur est plus utile pour trouver un emploi contre 35 % des autres. Or la confiance dans la méritocratie, qui est une excellente preuve d'intégration à la République, rencontre deux gros obstacles. Les parents immigrés appartiennent en plus forte proportion aux couches populaires et ils ont des familles plus nombreuses. Dans l'enquête de l'éducation nationale citée plus haut, effectivement, 70 % des enfants d'immigrés viennent d'une famille ouvrière contre 30 % des enfants des familles non immigrées. L'écart est aussi important pour la dimension des familles. 20 % des enfants de famille non immigrée appartiennent à une famille de plus de 3 enfants tandis que 63 % des enfants des familles immigrées sont dans ce cas et vivent souvent dans des familles très nombreuses car la fécondité des immigrés dans les années 1980 était beaucoup plus élevée que maintenant. Les enfants d'immigrés se trouvent donc dans des conditions plus difficiles pour réussir leurs études. Un seul exemple montrera l'ampleur du handicap. Selon l'enquête précitée, 49 % des pères et 71 % des mères non immigrés aident leurs enfants à faire leur devoir ; 23 % des pères et 26 % des mères immigrés seulement en font autant.

Le conflit entre les aspirations élevées et légitimes des immigrés pour leurs enfants et leur situation matérielle a une conséquence inévitable: les enfants font de moins bonnes études, mais ils en font autant que les enfants des familles non immigrées. Dans l'échantillon permanent de l'INSEE, les fils d'ouvriers Français de naissance et immigrés obtiennent en même proportion le baccalauréat. Mais, dès le primaire, un écart se creuse entre les familles selon leur origine sociale et géographique. 18 % des enfants de famille non immigrée ont redoublé dans le primaire, 35 % pour les enfants de famille immigrée. Les familles ouvrières non immigrées sont à mi-chemin avec 27 % de redoublants montrant bien l'impact des deux composantes du handicap des enfants d'immigrés : famille nombreuse et ouvrière. Cela ne s'améliore pas dans le secondaire mais ne s'aggrave pas non plus confirmant l'importance des premières années d'éducation : arrivés au bac, 31 % des enfants de famille non immigrées n'ont jamais redoublé, contre 22 % dans les familles immigrées. Même échelonnement pour les sorties du secondaire sans qualification: 6 % dans les familles non immigrées, 9 % dans les familles ouvrières non immigrées et 11 % dans les familles immigrées. Mêmes différences aussi pour les résultats de chaque type d'enfants, ceux d'ouvriers non immigrés se situant toujours à mi-chemin de ceux des non-immigrés non-ouvriers et des immigrés en général.

Á ces handicaps chiffrables s'en ajoutent trois autres plus qualitatifs mais importants. Dans les familles nombreuses immigrées dont le chef de ménage est ouvrier, les enfants doivent gagner rapidement leur vie. Ils entrent donc tôt sur le marché du travail et ce sont eux qui ont le moins de qualification pour les raisons données ci-dessus. Leur taux de chômage est donc énorme. Par exemple, dans l'échantillon permanent de l'INSEE, il est de 67 % pour les fils d'ouvriers maghrébins âgés de 21 ans, sans diplôme, venant d'une famille immigrée de plus de 7 enfants. Il descend de 11 points si l'enfant vient d'une famille de 1 ou 2 enfants, toutes les autres caractéristiques inchangées et de 10 points s'il a obtenu le BEPC. Il régresse enfin de 32 points si l'âge monte de 21 à 25 ans. Second désavantage, le fait d'avoir des parents qui ne maîtrisent pas bien le français et utilisent chez eux leur langue d'origine (10 % des pères et 6 % des mères). Troisième handicap, la faiblesse du réseau de relations, à la fois parce qu'avec un diplôme, le fils d'ouvrier accède à un milieu différent de celui de ses parents et parce que la famille étant immigrée a un moins bon enracinement local. En France où les recommandations, les pressions amicales et les réseaux d'influence jouent un rôle non négligeable dans l'embauche, cela complique un peu plus l'entrée en activité de ces jeunes. Dans un marché du travail flexible, de tels handicaps se traduisent à diplôme égal par des différences de salaire et des déclassements. Le phénomène a été largement étudié aux États-Unis, pays d'immigration par excellence mais aussi en Angleterre et en Allemagne. En France, où le travail est plus encadré, la discrimination opère plus brutalement par déclassement et par chômage. Dans son analyse de l'échantillon permanent de l'INSEE, Jean-Luc Richard indique que 11 % des hommes de 25 à 33 ans d'origine algérienne, diplômés de l'enseignement supérieur étaient cadres supérieurs contre 46 % des fils de Français de naissance. 19 % des premiers travaillaient sur un poste modeste d'employé et 5 % seulement des seconds. Autre manifestation du handicap, l'entrée plus lente sur le marché du travail pour les enfants d'immigrés et la proportion plus élevée de chômeurs de longue durée dès l'âge de 25 ans.

Face à cette situation, deux possibilités se présentent, la discrimination positive dans l'emploi sur critère ethnique ou bien une aide substantielle dès le plus jeune âge à l'éducation des plus désavantagés. La discrimination positive a un petit relent américain et moderne d'affirmative action, mais elle n'est guère mieux qu'un emplâtre sur une jambe de bois. Elle s'attaque aux conséquences en ignorant les causes qui continueront à agir. Surtout, elle est impraticable étant donné l'analyse qu'on vient de donner des handicaps: faut-il appliquer cette discrimination positive aux descendants d'immigrés du Maghreb ? Aux enfants d'ouvriers ? Aux enfants issus de famille de plus de quatre enfants ? Á ceux qui combinent deux critères ou les trois ? D'autres critères n'ont-ils pas été omis dans l'analyse, par exemple la résidence exacte (quartier ou immeuble dans la commune) ? Une introduction de la discrimination positive ethnique contribuerait à promouvoir les catégories ethniques, à penser la réalité sociale en ces termes et finalement à les rendre effectives en encourageant les regroupements selon des bases ethniques, préliminaire au communautarisme. Une aide compensatrice aux enfants les plus désavantagés est plus ambitieuse et plus coûteuse car on s'attaque aux causes profondes de la discrimination. Elle est cependant plus facile à introduire en France en raison du phénomène des cités qui a cristallisé la pauvreté dans certains grands ensembles et certains secteurs des banlieues. Une telle aide par sectorisation existe déjà avec les zones d'éducation prioritaire (ZEP), mais un récent rapport a montré qu'elle était beaucoup trop faible. Elle pourrait être repensée et augmentée sans dangers comparables à ceux du regroupement ethnique pour la simple raison qu'on peut quitter un quartier pour habiter dans un autre, mais non changer d'origine pour en adopter une autre.
On aurait tort de conclure de cette analyse que la lutte contre la xénophobie ne serait pas prioritaire puisqu'elle n'est pas la cause profonde du fort taux de chômage des immigrés. Pour des raisons de dignité humaine et d'efficacité, il convient de déployer les plus grands efforts pour juguler la xénophobie. Le danger que représente la discrimination à l'embauche est en effet redoublé par l'analyse qui précède: d'abord, elle sert de vecteur et d'expression à une xénophobie qu'elle renforce et ensuite, ce qu'on ne voit pas suffisamment, par rebond, elle sert de prétexte et de rationalisation à ceux qui ont subi des échecs dont les causes doivent être cherchées ailleurs. Elle participe alors à la construction d'une idéologie de la discrimination de certaines communautés, donc d'une idéologie communautaire qui, comme toute idéologie, occulte les causes profondes et leur recherche. En fin de parcours, elle institutionnalise les communautés qui, comme c'est souvent le cas, sont ainsi créées par pression de l'extérieur.

Indications bibliographiques et statistiques
Les données statistiques utilisées ici figurent dans plusieurs publications importantes :
- Les rapports annuels du groupe permanent chargé des statistiques du Haut conseil de l'intégration (HCI) donnent chaque année le bilan détaillé des entrées et naturalisations en France.
- Les rapports annuels sur l'immigration de la direction de la population et des migrations (DPM) du ministère de la cohésion sociale donnent aussi chaque année le bilan des migrations pour la France.
- Tendances des migrations internationales est un annuaire publié chaque année par l'OCDE (SOPEMI).
- Mediterranean Migration Report est le rapport publié annuellement (le premier date de 2005) par P. Fargues pour le CARIM (Consortium d'analyse et de recherches sur les migrations en Méditerranée, basé à l'Institut européen de Florence). Le rapport contient des statistiques détaillées sur les pays émetteurs, ce qui est nouveau.
- Tableaux thématiques du recensement de 1999 : Population immigrée, population étrangère, Partis, INSEE, 2001. Cet ouvrage et le cd-rom qui l'accompagne contiennent de nombreux tableaux détaillés sur les caractéristiques des immigrés et des étrangers connues par le recensement de 1999.
- Les immigrés en France, Paris, INSEE références, 2005. Ce volume décrit la situation des immigrés
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MessageSujet: Re: Immigrés et chômage   Mar 24 Juil - 23:23

Merci pour cet exposé Karg. Espérons que certains se donneront la peine de le lire...
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minh
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MessageSujet: Re: Immigrés et chômage   Mer 25 Juil - 20:13

Wow , explications longues . Mais ça vaut le coup , de se chasser tout préjugé sur ce sujet bien souvent délicat .
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karg se
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MessageSujet: Re: Immigrés et chômage   Mer 25 Juil - 20:21

C'est bien d'avoir fait l'effort, moi ça m'a ouvert les yeux sur certaines choses.
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MessageSujet: Re: Immigrés et chômage   Jeu 26 Juil - 11:03

Le Duelliste a écrit:
Merci pour cet exposé Karg. Espérons que certains se donneront la peine de le lire...

Oui, merci pour l'info.
Wink
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Immigrés et chômage
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